La grippe porcine: un jolie coup

Publié: 4 septembre 2009 dans Grippe A

grippe-epidemieL’affaire de la grippe “porcine” est instructive à bien des égards.

D’abord, elle illustre la frénésie préventive qui s’est emparée de nos
sociétés modernes. Voilà une maladie dont on n’est même pas sûr
qu’elle soit la cause des quelques centaines de morts qu’on lui
attribue dans le monde entier. Provoquée par un virus que les savants
pataugent à définir – mais qui doit forcément être nouveau, redoutable
et mutant pour faire la “une” de l’actualité – elle présente les
symptômes d’une banale affection passagère, moins grave que la
rougeole ou les oreillons, que nous avons tous connue à un moment de
notre existence. Elle passerait presque inaperçue si on ne l’avait pas
promue au rang de menace universelle. Pour une poussée de fièvre, une
désagréable migraine, quelques courbatures et le nez qui coule,
l’Organisation mondiale de la santé a sonné le tocsin de la pandémie ;
les gouvernements se mobilisent ; les statistiques alarmantes
pullulent ; la presse sort ses manchettes des grands jours ; on réunit
des cellules de crise ; on ferme les écoles, les salles de spectacle,
les lieux publics ; on isole des zones infectées ; on transforme les
foules en meutes de chiens muselés ; on publie par millions des
manuels de protection, bref c’est l’état de siège comme si une armée
de terroristes étaient dans les faubourgs. Cela équivaut à peu près à
s’emmitoufler dans un imperméable parce que quelques gouttes fuient du
robinet de la salle de bains, ou à insonoriser la maison pour éviter
d’entendre le voisin roter après son déjeuner.

Pourquoi cette démesure, cette débauche de précautions
(particulièrement choquante alors qu’on sacrifie allègrement des
centaines de militaires et qu’on tue sans sourciller des milliers de
civils en Irak ou en Afghanistan) ? C’est là où ça devient intéressant.

La peur savamment distillée dans le public (on se garde de provoquer
la panique, mais on entretient l’inquiétude), outre qu’elle fournit
aux médias un bon sujet à sensation pour la période creuse de l’été,
joue un double rôle.

D’abord, elle détourne l’attention des vrais problèmes politiques ou
sociaux. Le prolo à qui l’on recommande de se calfeutrer chez lui ne
va pas risquer la contagion en manifestant dans la rue. La mère de
famille qui se demande comment elle va faire garder ses enfants si son
école est fermée ne va pas défiler pour son pouvoir d’achat. La santé
prime sur le porte-monnaie. En évoquant l’éventualité d’un raz de
marée de mortalité à la rentrée, on fait prévaloir le souci de
survivre sur le souci d’argent. Le slogan est efficace : protégez-vous
avant de revendiquer.

Mais surtout l’affaire est juteuse pour l’industrie pharmaceutique.
Comme par hasard, un an avant que le premier cas de la prétendue
grippe porcine ne soit décelé, la grande firme Baxter a déposé un
brevet pour un vaccin contre le H1N1 (brevet US 2009/0060950 A1).
Aujourd’hui les services de santé du gouvernement britannique
envisagent un scénario qui prévoit 65.000 décès durant le prochain
hiver, dont plusieurs milliers d’enfants. Ils ont commandé à Baxter et
à GlaxoSmithKline 133 millions de doses de vaccins. Mêmes délires en
France, en Allemagne et ailleurs, ou des sommes considérables sont
consacrées à l’achat de millions de médicaments douteux et de vaccins
qui n’ont pas fait leurs preuves. Et pour couronner le tout, la
secrétaire d’Etat US à la santé, Kathleen Sibelius, vient de signer un
décret conférant une totale immunité aux fabricants de vaccins en cas
de poursuites judiciaires. Les gros industriels de la santé font non
seulement d’énormes profits, mais ils le font en toute sécurité.

Le coup est énorme, et il est bien joué. Jusqu’à quand accepterons-
nous d’être les dindons de ce genre de farce ?

mondialisation.ca

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